Le loup : mythe et réalité

I. LA RÉALITÉ : LE LOUP AU XIXème SIÈCLE

IV. LE DIABLE A-T-IL CRÉÉ LE LOUP ?

II. LE LOUP ET LA TOPONYMIE

V. LA LYCANTHROPIE : HOMMES-LOUPS ET FEMMES-LOUVES.

III. MALÉFICES ET REMÈDES DE "BONNE FEMME."

VI. ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ : LA BÊTE DE GÉVAUDAN

 

 Cette étude sur le loup dans les Pyrénées-Orientales (et ailleurs) a été réalisée en 1985, avec une classe d'élèves du collège Pierre Fouché, à l'occasion d'un travail sur la commune de Rabouillet.

 

IV LE DIABLE A-T-IL CRÉÉ LE LOUP ?

Le mythe de la création du monde fait traditionnellement intervenir le diable aux côtés de Dieu : chacun a en mémoire le rôle de Satan dans l'épisode du fruit défendu . Il en est de même dans la création des animaux.

Dans beaucoup de régions, on a imaginé une création dualiste du monde, Dieu ayant fait les animaux utiles à l'homme, et le Diable, souvent par l'intermédiaire d'Eve, ayant mis au monde les animaux nuisibles. Ainsi. en Bretagne, il y aurait eu une sorte de concours entre Dieu et Satan. Mais le Diable n'arrivait qu'à faire des contrefaçons ridicules ou malfaisantes. Et donc, lorsque le Tout-puissant eut fait le mouton. le Diable fit le loup, tout comme le singe est une imitation maladroite de l'homme. Plus intéressante cette légende, que l'on trouve dans le " Roman de Renart ", et aussi dans un conte traditionnel provençal, où les rôles de Dieu et du Diable sont tenus par Adam et Eve:

Dieu avait donné à Adam une verge d'osier, en lui disant que toutes les fois qu'il en frapperait, dans une bonne intention, quelqu'un ou quelque chose, il en verrait sortir un objet agréable ou utile; mais il avait interdit à Eve de s'en servir. Pourtant, celle-ci, curieuse comme le sont toutes les femmes, veut à toute force prendre la baguette. Voyant cela, Adam lui en cingle les épaules, et aussitôt se présente une belle brebis. Adam cache la baguette, mais sa femme parvient à la découvrir: elle frappe le sol avec, et il en sort un loup énorme, qui court après la brebis. Eve, épouvantée, crie au secours; Adam prend la baguette, et dès qu'il la laisse tomber sur les épaules de sa femme, un gros chien s'élance, qui tire la brebis de la gueule du loup.

Cette association de la femme au Diable se retrouve dans une autre légende où le Bon Dieu, pour remercier une vieille compatissante, lui emprunte son bâton, et quand il en a frappé la pierre du foyer! il en sort une vache. Après le départ du Seigneur, la femme, devenue ambitieuse, veut avoir une seconde vache, et elle imite le geste de Dieu. Mais aussitôt un loup apparaît, et il étrangle la vache.

Il arrive cependant que ce ne soit pas le Diable, mais Dieu lui- même, qui crée le loup, pour punir les bergers de leur peu d'empressement à surveiller les troupeaux: d'après un récit du Morbihan, Dieu s'était aperçu que les bergers ne gardaient plus les moutons, et qu'ils les laissaient dévorer le blé. Alors il frappa du pied sur une motte de terre, et il en fit sortir un loup.

Un peu dans le même ordre d'idées, dans l'Yonne, Jésus s'était aperçu que les chèvres venaient dévorer les choux du jardin de sa mère. Alors il créa le loup, qui dévora les chèvres, ce qui entraîna les hommes à mieux surveiller leurs troupeaux.

Les particularités physiques des animaux sont également expliquées par des légendes : lorsque Dieu eut créé le loup pour forcer les pâtres à mieux garder leurs troupeaux, il avait une queue longue de plusieurs mètres, et les bergers l'enroulaient autour d'un arbre, de sorte qu'il ne pouvait plus se nourrir de la chair des moutons ; le loup se plaignit à Dieu de l'incommodité de sa situation, et le Tout-Puissant, épris de justice et d'harmonie, ramena la queue du loup à une longueur ordinaire.

Les paysans de l'Yonne expliquent par des circonstances légendaires le préjugé, répandu en beaucoup de pays, suivant lequel les loups ont les côtes en long. Lorsqu'ils eurent été créés par Jésus pour défendre le jardin de sa mère contre les chèvres, les loups ne s'en tinrent pas longtemps à ce rôle de gardes champêtres ; ils se mirent à dévorer les chèvres, puis les moutons, puis toutes les autres bêtes du voisinage. Marie, ayant reçu des plaintes de tous les côtés, fit venir les loups, les réprimanda vertement, et, pour les punir, les condamna soit à porter un grelot, soit à se laisser "éreiner". Les loups optèrent pour la première solution, mais ils s'aperçurent que les animaux, avertis par la clochette, fuyaient à leur approche ; alors, mourant de faim, ils vinrent supplier la Vierge de leur appliquer l'autre peine qu'elle avait envisagée. Touchée de compassion, la Vierge changea leurs côtes de position, les mettant de travers en long, si bien que, lorsqu'on saisit un loup par la queue, il ne peut se retourner pour mordre.

Dans d'autres régions, on dit que le loup a les reins brisés depuis que la Vierge le frappa de sa quenouille pour l'empêcher d'être trop malfaisant.

Puisque nous en sommes aux préjugés, terminons par celui-ci: on dit en Normandie et en Lorraine que, lorsqu'une louve met bas, elle donne aussi le jour à un chien. Quand ses petits ont grandi, elle les conduit au bord de l'eau, où elle reconnaît le chien à sa manière de boire. Alors, prise d'une haine furieuse pour ce fruit dégénéré de ses entrailles, elle le dévore sur-le-champ. Si un jeune chien échappe à l'exécution sommaire, et est recueilli par quelqu'un, il s'attache à son maître, mais il faut tout de même s'en méfier, car si par malheur le propriétaire de la bête venait à tomber, l'animal, pris par la fureur du loup, se précipiterait sur lui pour le dévorer.

 

 

Les histoires qui font l'Histoire